Jean Burgevin (°1767 et +1850 à St-Florent-le-Vieil), soldat vendéen croqué par David d'Angers en 1825.
NOTES SUR LA VENDEE* DE DAVID D'ANGERS :
"J'ai vu à St-Florent-le-Vieil un homme que ses camarades n'approchaient qu'avec horreur, se rappelant que ce misérable faisait sortir les femmes et les enfants des patriotes pour les massacrer sur leur porte ; souvent il avait cloué sur le seuil de leur demeure des femmes sans défense et s'amusait ensuite à les taillader avec son sabre.
j'ai fait, avec une profonde répulsion, le portrait de cette brute immonde sur les traits de laquelle se lisent la lâcheté et le fanatisme.
C'est en tant qu'étude phrénologique et physionomique que je l'ai recueilli..."
David d'Angers ne cite pas de nom.
A la lecture de ce texte, Luc Clemenceau en était venu à la conclusion (après avoir éliminé les autres croqués vendéens de St-Florent, intégrés dans la société florentaise), qu'il pouvait s'agir de Jean Burgevin (resté célibataire et sans relations avec les autres vétérans). Mais cela reste une hypothèse**.
Dans tous les conflits (guerres civiles, batailles***...) il se trouve que certains hommes perdent tout sens moral****. Certains Vendéens ont agi de la même manière que certains Républicains et ont fait du zèle dans la cruauté.
Nous renvoyons les protagonistes dos à dos.
Mais l'horreur et le crime absolus, ce sont les Colonnes dites "Infernales", qui à une grande échelle, avec l'aval d'un gouvernement, détruisent une région et extermine sa population****.
Au lieu d'entériner le plan de paix des Républicains modérés, la Convention impose la Terreur et s'enfonce dans le crime.
Turreau est l'homme providentiel qui passe à l'acte avec ses 12 Colonnes Mobiles à la mi-janvier 1794 .
Nous préférons les gestes d'humanité de Bonchamps, de d'Elbée, de Marceau, de Haudaudine...
* texte tiré du livre de Jacques Boislève (p.53) "Le jour le plus long de la Vendée" Siloë-éditeur 1988.
** Suite à notre communication, Pierre Leroy écrit un article (p.34-35) à ce sujet "Une énigme : l'étude phrénologique et physionomique de David" dans la revue du Souvenir vendéen n°237 Déc.2006.
*** En 14-18, les soldats qui étaient pris par le camp adverse avec des armes "spéciales" pour "mieux" tuer (casse-tête, pelle aiguisée...) passaient un sale quart d'heure !
**** A tout niveau de la hiérarchie... Voir l'article "Terreur au moulin de la Foye" dans la rubrique "Les cousins de St-Germain".
Portrait de Louis Antoine de Saint-Just (1767-1794)*
Cet article reproduit les pages 179 et 180 du livre de Raoul Mercier** "Le monde médical dans la guerre de Vendée " (Préface d'Albert Grenier, professeur au Collège de France) Tours Arrault et cie, 1939.
Voici le texte:
Le chirurgien major Péquel
Tanneur de peaux humaines
Péquel, chirurgien major du 4e bataillon des Ardennes, s'est acquis une triste célébrité en dirigeant l'atelier de tannerie de peaux des Vendéens fusillés près d'Angers.
Cette idée macabre ne lui appartient pas, car Saint-Just (1), dans son rapport du 14 août 1793 à la commission des moyens extraordinaires, écrit :
" On tanne à Meudon*** la peau humaine. La peau qui provient d'hommes est d'une consistance et d'une bonté supérieure à celle des chamois. Celle des sujets féminins est plus souple, mais elle présente moins de solidité".
Cette utilisation des sous-produits des massacres est une des formes du sadisme terroriste.
Le rôle de Péquel est certifié par deux témoins.
L'un, Poitevin, agent national de la commune des Ponts-de-Cé, interrogé le 15 brumaire an III (6 novembre 1794), affirme avoir vu Péquel écorcher au bord de la Loire une trentaine de Vendéens fusillés.
L'autre, Robin (2) raconte, le 31 mai 1852, qu'étant jeune berger, il a assisté aux fusillades de Sainte-Gemmes et qu'il a vu plusieurs cadavres à demi-écorchés gisant sur la grève.
" Je puis affirmer, ajoute-t-il, qu'ils étaient écorchés à mi-corps, parce qu'on coupait la peau au-dessous de la ceinture, de manière qu'après son enlèvement, le pantalon se trouvait en partie formé. "
Seul le tanneur Langlais des Ponts-Libres, ci-devant les Ponts-de-Cé, accepta de tanner ces peaux dont le manchonnier Prudhomme confectionna des pantalons.
Les généraux républicains Beysser et Moulin sont accusés d'avoir porté un pantalon de peau humaine et un chirurgien de Moulins s'est vanté d'en posséder un.
Cette pratique paraît d'ailleurs si naturelle que le Conseil général d'Angers, après l'échec des Vendéens, prend la délibération suivante dont la photographie figure dans l'ouvrage de Gautherot (3 et****) :
Du seize frimaire l'an deux de la république française une et indivisible, les officiers de santé, d'après la réquisition des représentants du peuple, ont été invités à se rendre à la Maison commune pour les faire participer à l'arrêté des dits représentants portant que les têtes de tous les brigands morts sous les murs de cette ville seront coupées et disséquées pour ensuite être mises sur les murs. Le laboratoire de l'Ecole en chirurgie de cette ville a été indiqué pour faire ce travail.
Mais les officiers de santé ne paraissent pas avoir montré un bien grand empressement à répondre à la convocation, car le même Conseil général, trois jours plus tard, est obligé d'annuler sa première délibération :
" Les citoyens Pinval et Chotard, decide-t-il, chargés de se tourner vers les représentants du peuple pour savoir ce qu'on fera des têtes déposées dans le magasin du citoyen Delaunay, que les officiers de santé ont négligé de prendre pour les disséquer, ainsi qu'ils en ont été requis, et qui sentent très mauvais, rapportent que les représentants ont décidé qu'il fallait les enterrer. Il a en conséquence été délibéré qu'elles le seront tout de suite."
Bien que le tannage de la peau des victimes ait été à la mode en ce temps-là, il s'est trouvé en France un tribunal (4) assez indépendant pour condamner l'officier de santé Morel et le bourreau, coupables d'avoir détourné la peau de l'abbé Thomas, de Guebviller, guillotiné à Colmar.
(1) Gabory, La Révolution et la Vendée. Paris, Perrin, t.II,264.
(2) Godard-Faultrier, Histoire du champ des martyrs d'Angers.
(3) Gautherot, L'Epopée vendéenne. Tours, Mame, P.246.
(4) Schaedelin, Intermédiaire des chercheurs, 30 mars 1936.
(Fin du texte de Raoul Mercier)
* A défaut d'avoir le portrait du citoyen Péquel, nous proposons celui de Saint-Just.
Après s'être fait remarqué en réclamant la tête du Roi le 13 novembre 1792, il perd aussi la sienne sous la guillotine le 10 thermidor an II (28 juillet 1794), avec Robespierre et quelques autres fidèles. Il meurt de mort violente au même âge que notre ancêtre Pierre Clemenceau (1766-1793), c'est-à-dire à 27 ans.
Voir l'article "Saint-Just" dans "Acteurs de la Révolution" du site "La Révolution française...1789-1794" auquel nous empruntons la photo.
** En 1939, Raoul Mercier est professeur honoraire à l'Ecole de Médecine de Tours et membre correspondant de l'Académie de Médecine.
Voir aussi la rubrique "Personnalités de la Vendée militaire" article "Léonard-François Oger (1757-1822)".
*** Voir dans les sites préférés :
- Le club de reliure "La Borderie"
- Le blog du bibliophile et du livre ancien
où il est fait référence à Meudon et sa tannerie de peau humaine sous la Terreur, ainsi qu'un exemplaire de la Constitution de 1793 dans le même matériau !
**** Voir le livre de Dominique Lambert de la Douasnerie "Souvenirs de l'épopée vendéenne, vieilles archives, vieilles histoires" Editions Christian 1999.
Son chapitre "Autour du crâne de Jean-Nicolas Stofflet : des cadavres mutilés et décapités".
Voir le livre de François L'Hostis "Les Ponts-de-Cé, une ville à feu et à sang, 1793-1796" les éditions du Choletais 1995 pp.97-100.
Voir aussi la rubrique "Lieux de mémoire de la guerre de Vendée" article "La croix des martyrs des Ponts-de-Cé".