Il etait une fois la Contre Revolution
Posté le 12.03.2007 par clemenceaudupetitmoulin
Il y a 214 ans, le 12 mars 1793 jour pour jour, l'insurrection qui a lieu à St-Florent-le-Vieil est couronnée de succès (nous reviendrons plus tard sur les causes de cette insurrection qui concerne tout le territoire français).
C'est ce que raconte le texte suivant qui a été écrit par Luc Clemenceau.
Il nous permet de revoir certains Clemenceau déjà mentionnés en action pendant les 5 premiers jours de l'émeute populaire (voir la rubrique "Généalogie de la famille Clemenceau", article "Génération VII").
Comme ce texte est assez long, il paraîtra en "feuilleton".
INSURRECTION A ST-FLORENT-LE-VIEIL:
Le 12 mars 1793 est le jour choisi à St-Florent-le-Vieil, chef-lieu de canton, pour l'éxécution du tirage au sort de la levée des 300.000 hommes (pour le district de St-Florent, le contingent est de 701 hommes).
Depuis plusieurs semaines des mouvements nocturnes inquiètent les autorités républicaines. Mais celles-ci comptent tenir bon devant le peuple des campagnes qui est prompt à manifester sa mauvaise humeur depuis la Constitution Civile du clergé.
Dès l'annonce de la milice, les "gars" de St-Florent parcourent la campagne, s'arrêtant dans les maisons amies pour manifester leur opposition à ce tirage. Les garçons en question sont le fils Chesné, Pétard, tous deux flanelliers, La Marche, taillandier et Laurent Fleury, maréchal qui est le meneur.
Au jour du 12 mars, tôt le matin, au son du tocsin, des bandes se rassemblent et marchent vers la petite ville de St-Florent. Des groupes éloignés du chef-lieu rejoignent à la dernière heure les premiers insurgés.
Centre de rassemblement, le bourg de la Boutouchère reçoit les bandes de la Pommeraye et de St-Quentin qui, grossies des paroisses environnantes, atteignent plus d'un millier d'hommes.
Dès 9 heures, les insurgés entrent dans la ville occupant les auberges et les cabarets. A cette heure, ils sont au bas de la ville sur la place Maubert, face à l'auberge de la Boule d'Or qui est tenue par la femme du patriote Souvestre (greffier de la municipalité) et ses filles.
L'auberge de la Croix Blanche, sur les quais, doit recevoir d'autres insurgés malgré, là aussi, l'engagement patriotique des tenanciers.
En haut de la ville, dans la Cour du château (aujourd'hui place Jeanne Bussonnière) située dans l'ancien enclos et jardins de l'abbaye des bénédictins, un peu à l'écart des bâtiments du district, la Garde Nationale peu nombreuse attend les futurs recrues avec quelques gendarmes et les membres de la municipalité.
Un groupe d'insurgés a un premier contact avec les patriotes, lesquels leur demandent ce qu'ils prétendent faire. Les insurgés répondent qu'ils ne veulent pas "tirer à la milice". Ces derniers quittent la ville, et à peu de distance, rencontrent d'autres groupes plus décidés à passer à l'action et qui les ramènent en ville.
Les insurgés sont maintenant en haut de la ville, ont remonté la Grande Rue et atteint la place du puits du Billot, seule entrée pour accéder en masse à la Cour du château.
Les maires de la Chapelle-Aubry, de Botz et de St-Quentin ont été emmenés de force par les insurgés et designés pour annoncer aux autorités l'ultimatum : rendre les armes et ajourner le tirage. Ce sont les mots d'ordres.
(Suite au prochain épisode!)
Ci-joint quelques portraits d'insurgés dessinés par le sculpteur David d'Angers (32 ans plus tard!) à l'occasion de l'inauguration du tombeau de Bonchamps en 1825.
De Bonchamps avait grâcié le père du sculpteur qui était un soldat républicain. Il y aura un chapitre sur cet épisode à l'occasion du passage de la Loire par les Vendéens le 18 octobre 1793.
--
Posté le 13.03.2007 par clemenceaudupetitmoulin
A PROPOS DE L'INSURRECTION A ST-FLORENT-LE-VIEIL (deuxième partie) :
PLus de 2000 hommes font maintenant face aux Républicains. Le citoyen Charles Jacob, officier municipal, se détache avec quelques hommes pour haranguer la foule.
Il s'écroule, victime d'un second coup de feu de Laurent Fleury qui s'est placé près de la porte d'entrée du District, barrant ainsi la route à tout repli.
Auparavant, le premier coup de fusil de Laurent Fleury était dirigé vers le jeune capitaine de la Garde Nationale, Jean Meignan, qui fort heureusement pour lui n'est pas atteint.
Une action est lancée par la masse des insurgés qui est venue pour en découdre avec les habits bleus. Mais les deux couleuvrines arrêtent un instant leur élan, fauchant à mort une dizaine d'insurgés et en en blessant un nombre indéterminé. Le crépitement des armes éclate un peu partout, et Laurent Fleury s'offre une meilleure position pour prendre à revers les gardes nationaux.
L'assaut final des insurgés semble imminent. Les patriotes finissent par lâcher-pied devant cette marée humaine pourtant bien moins armée. Mais elle est redoutable avec ses fourches, brocs, volants, faux à revers, et autres instruments détournés de leur usage traditionnel.
Le canonnier Pierre Macé est grièvement blessé sur sa pièce. Jacques Dalaine qui sert l'autre pièce de canon est lui aussi mortellement blessé. La débandade est pour la plupart des patriotes une planche de salut.
Julien Suzineau, ancien domestique des Cordelières de la ville, armé d'une énorme hache se trouve le premier à s'élancer sur le canon du servant Macé.
Les patriotes Lemotheux, commis du District et Etienne Audiganne, officier public, sont tués pendant l'assaut.
Les patriotes, rescapés du massacre, rejoignent les bâtiments du district pour échapper à la fureur des révoltés. Certains fuient par la garenne en abandonnant leur fusil et les munitions dont ils disposent.
Le siège du district ne s'éternise pas. Les révoltés s'emparent des deux couleuvrines et évacuent morts et blessés hors de la ville. Ils brûlent aussi les affûts des canons.
En ce mardi 12 mars 1793, quatre hommes du côté patriote gisent morts sur la Cour du château.
Brevet, compagnon tisserand chez Julien Chénouard à St-Florent finit à coups de crosse de fusil les citoyens Lemotheux et Audiganne. Il veut réserver le même sort au cadavre de l'officier municipal Charles Jacob, mais un de ses compagnons l'en dissuade.
En sortant de St-Florent, des bandes d'insurgés rejoignent déjà leurs paroisses, répandant la nouvelle (comme celle de la Pommeraye qui marche vers la Boutouchère), qu'ils ont vaincu la force armée qui était à la défense du district. C'est Laurent Fleury qui ramène les gars de la Pommeraye en ville.
Vers une heure de l'après-midi, Jean Perdriau, marchand de tabac à la Poitevinière, arrive à bride abattue à St-Quentin et annonce de vive voix "qu'ils ont vaincu la force armée du district du Montglonne". Il ajoute "que les paroissiens s'assemblent et montent la garde afin de s'emparer des patriotes".
A la même heure, les portes du district sont toujours gardées par le brigadier de gendarmerie Charles-Louis Grenier, lequel les a toutes fermées.
LA CLEF DE LA PORTE DU DISTRICT.
Lors de la seconde et dernière entrée en ville (avant même que les gars de la Pommeraye ne reviennent) des insurgés ont mis des maisons patriotes à contribution, comme celle de madame de La Guérinière.
Cette dernière détient des fusils et un sabre appartenant à son mari. Elle possède aussi le double des clefs de la prison et de la porte principale du district. Sous la menace, elle est obligée de remettre ses clefs à la veuve de François Forestier, Rose-Perrine Jubin qui est aussi à la tête des insurgés. Ensuite la veuve Forestier, aidée de la bande libère son domestique Jean Bardot de la prison où il a été placé l'avant-veille.
Entre-temps François-Jacques dit "l'homme", meunier au Grand Moulin de Botz, se dirige avec ses deux fils ainsi qu'avec d'autres insurgés vers la maison de maître de l'ancien domaine de la cour des Coteaux appartenant au procureur-syndic Joseph-Etienne Renou.
Ils y délogent les deux soeurs Poupard (dont l'une Marie n'est autre que la femme du brigadier de gendarmerie Charles-Louis Grenier). Les deux soeurs sont réfugiées dans cette demeure depuis l'assaut du matin.
"L'homme" remet à Renée Poupard, veuve Meslet, la clef du district et d'un bras ferme conduit les deux soeurs vers cette porte principale; symbole du pouvoir révolutionnaire.
Posté le 16.03.2007 par clemenceaudupetitmoulin
La veuve Meslet ouvre alors la porte du district avec cette clef.
S'apercevant que les patriotes ont évacué les bâtiments, les insurgés abandonnent leurs boucliers humains, et se livrent à un joyeux pillage. Ils s'attaquent avant tout au rez-de-chaussée, là où sont entreposés les papiers du district. Les mieux équipés vont ensuite à l'étage, au dortoir des employés, où ils enfoncent les portes.
L'appartement du trésorier, Louis-François Delaunay est l'un des plus visités.
Pierre Rethoré, sabotier au Marillais est le premier à en sortir, chargé d'assignats et de pièces d'un sol. Bientôt celui-ci les brandit en disant à qui veut l'entendre qu'il aurait "bien aimé tenir tous ces sacrés gueux attachés au district".
D'autres lui succèdent ainsi pourvus et crient à la foule amassée d'aller en chercher.
François-Jacques Clemenceau sort à son tour chargé d'une large poignée d'assignats sous le bras et d'une paire de souliers neufs.
La veuve Forestier, Rose Jubin sort également chargée d'assignats, de deux sacs de pièces d'un sol, et d'un ballot dans son tablier. Ainsi enrichie, elle clame à ceux qui l'envient: " Il y a longtemps que les patriotes s'en servent; il est temps que les aristocrates en aient".
Entre-temps Laurent Fleury revient de la Boutouchère, et voit que ses compagnons d'armes l'ont oublié pour le pillage. Il menace alors de son fusil ,à leur sortie du district, les voleurs indélicats chargés d'assignats! Il ôte même à un enfant le papier-monnaie ( au moins 6000 livres) qu'il a sous son bras. Il finit par dire : "ma fortune est faite".
Guillaume et Jeanne, ses frère et soeur, sont aussi de la partie. Jeanne emporte du linge d'église, des livres, des bouteilles de vin, du savon, et bien sûr des assignats.
Jean Oger, dit la Loupe ou Goulias, cordonnier accompagné de sa femme, sa fille, de la femme Boucosky, de la mère Moreau, de la femme Petit des Coteaux et de bien d'autres sont là à voler ou à profiter du spectacle qu'offrent gratuitement les insurgés!
La jeune femme de Louis Petit frappe même la veuve Meslet, et lui enlève la serrure de sa chambre, tandis que Jean Paviot, serrurier, prend les autres serrures des appartements des locataires du district.
Un des fils Clemenceau s'introduit avec plusieurs compagnons chez la veuve Meslet et chez sa soeur Marie. Ils y dérobent le linge et tirent aussi des coups de fusils dans leurs chambres. Un domestique du château de la Mauvoisinière fait même feu sur la veuve Meslet, laquelle n'a par miracle que sa coiffe qui est traversée par la balle de plomb.
Laurent Fleury rencontre dans la cour du district la veuve Meslet en pleurs, laquelle est accompagnée de sa soeur, et de la femme du gendarme Filoleau. Sachant que ces femmes ont été pillées, il remet 100 livres à chacune d'elles pour les indemniser de leurs pertes, en disant "qu'il a trouvé une certaine somme dont il veut soulager les necessiteux".
Après avoir brûlé les papiers du district, les insurgés visitent quelques maisons patriotes dont celles du maire Jean Houdet, de l'aubergiste François Guilloteau du Lion d'Or, proche de la petite place du puits du Billot. Ils visitent ensuite la maison d'André Oger, officier municipal, qui à cette heure, est caché avec son fils, greffier du juge de paix, au-dessus de la voûte de l'église St-Pierre. De là les insurgés continuent à la Boule d'Or, chez le citoyen Charles Souvestre, greffier de la municipalité.
Durant la nuit, les insurgés organisent un petit camp improvisé, à 200 toises de la ville, afin de monter la garde, pendant que le gros de la troupe reste en ville.
On met encore les patriotes à contribution, et aux cris de : "Vivent les bons aristocrates! Vive le Roi! Vivent nos bons prêtres! Au diable la Nation!" on va détruire l'autel de la Patrie, situé sur la place d'armes.
Les insurgés s'éparpillent ensuite pour occuper les auberges et les cabarets.
Ce soir-là, le marquis de Bonchamps reçoit chez lui au château de la Baronnière (à la Chapelle-Saint-Florent) une dizaine d'hommes et les invite à y passer la nuit. Ces derniers engagent le marquis à se mettre à la tête de l'insurrection.
Ce n'est que le lendemain soir que de Bonchamps accompagne ses hôtes à St-Florent, suivi d'une foule devenue encore plus nombreuse. ll descend loger chez son ami Jacques-Marie Michelin, ancien sénéchal de la châtellenie.
(Suite au prochain épisode)
Ci-joint un dessin représentant François-Jacques Clemenceau dit "l'homme", meunier au Grand Moulin de Botz (dessin de Patrice Clemenceau).
A quoi ressemblait-il exactement ? A vous de l'imaginer autrement (Voir la rubrique "Expression créative").
Il est dans la force de l'âge de ses 44 ans. Habitué à porter des charges (les sacs de farine!), il est en "pleine forme" lors de l'insurrection et traite les patriotes (dont les femmes) sans aménité. Il aura bientôt du sang sur les mains à "l'affaire de la Pommeraye" le 14 mars!
Il est souvent désigné par des patriotes réfugiés à Angers comme "ayant un fusil, un sabre et deux pistolets" (un des fusils qu'il a conservé lors de la réquisition de 1792!)
C'est plus tard, quand l'armée vendéenne s'organise, que le général de Bonchamps équipe la cavalerie d'habits militaires. "L'homme" a pu en porter un, étant capitaine sous les ordres du marquis.
En 1825, il aurait eu 76 ans et aurait pu être croqué par David d'Angers. Occasion de connaître ses traits, comme cela est possible pour des cousins germains, alliés aux Clemenceau du Petit Moulin (Voir les cousins Boré dans la rubrique "les croqués vendéens de David d'Angers").
Mais François-Jacques meurt en 1807 (58 ans). Il se peut, comme de nombreux combattants que ses blessures aient abrégé un peu sa vie. En est-il de même pour son fils aîné François qui meurt à 30 ans à St-Germain-sur-Moine en 1804?
Posté le 18.03.2007 par clemenceaudupetitmoulin
A St-Florent-le-vieil, le matin du 13 mars 1793, on fait encore la chasse aux patriotes.
Pierre Clemenceau du Petit Moulin de Botz (voir la rubrique "Généalogie...Clemenceau" à l'article "Génération V"), neveu de "l'homme" et son cousin Pierre Cogné du moulin de la Voie mettent en joue Pierre Vaux de St-Florent en lui portant "leur fusil armé sur la poitrine". Heureusement pour le patriote, deux autres "brigands" s'interposent.
Guillaume Fleury, la veuve Forestier et un meilleraisin portant un volant s'en prennent à la porte de Jean Emériau, sacristain du curé constitutionnel (prêtre qui a juré fidélité à la Constitution Civile du clergé, devenu ainsi un "intrus" pour la population).
Le petit groupe soustrait au sacristain les clefs de la porte du clocher de l'église paroissiale. Les insurgés pensent y découvrir une cachette de munitions mais font chou blanc! Ils montent au clocher et sonnent le tocsin en guise de victoire.
Durant cette matinée, les habitants de la Meilleraie (île situé entre Varades et St-Florent) débarquent avec leurs bateaux. Ils se joignent à des gars de St-Florent et du Marillais pour piller la maison du maître de la Cour des Coteaux. C'est la demeure du procureur-syndic, Joseph-Etienne Renou.
Joseph Oger dit Camelot, voiturier et cabaretier au bourg du Marillais enlève du cellier une barrique de vin, pendant que Laurent Gasneau, tailleur d'habits à St-Florent jette dans le puits une grande quantité d'effets, ce qui ravit le maçon Louis Rabjeau qui monte la garde.
François Cognée, flanellier chez René Grimault, quant à lui, brise les chaises de Renou. Les insurgés détruisent la bibliothèque du procureur-syndic, ainsi que sa collection d'histoire naturelle comprenant des coquillages, des minéraux...
Renou a quitté les lieux ce 13 mars. Il se retrouve avec Tessier du Closeau, commissaire du départment et Julien-René Duval, juge de paix.
Les deux premiers sont arrëtés par un groupe de Meilleraisins lors de leur passage de la Loire. Renou est délesté de son porte-feuille contenant 1000 livres et un assignat de 100 livres.
Les Meilleraisins, excités par leurs femmes, arrivent à St-Florent. Ils vont saccager la maison du citoyen François Létourneau, commandant de la Garde Nationale. Les femmes disent qu'elles veulent divertir les citoyens!
Jean Branchereau est le premier à casser portes et fenêtres. Saint-Brieux revêt l'uniforme du citoyen Létourneau pour amuser ses compagnons. Il continue le tumulte avec les Gautier père et fils, dits Cautillon et Carigor.
La rumeur, que 500 paires de menottes ont été préparées pour mater les recrues récalcitrantes, fait se diriger Clemenceau-l'homme chez la femme du brigadier de gendarmerie Grenier.
Armé d'un couteau, "l'homme" menace cette femme de la poignarder si elle ne lui remet pas les paires de menottes que son mari détient.
Marie Poupard a son sauveur en la personne du sieur André Langlois qui assure qu'il n'y a aucune paire de menottes chez elle.
On visite encore quelques maisons, telle celle d'André Oger, où Jean Oger dit la loupe déchire les rôles des contributions foncières et mobilières de 1791, sous les regards complices de la veuve Forestier et du maçon Louis Rabjeau.
Pendant ce temps, les deux frères Fleury, armés de fusils, de sabres et de pistolets, terrorisent la ville, en ne faisant rien d'autre que de la parcourir de long en large, s'arrêtant ici ou là, afin de se montrer en action.
(Suite au prochaine épisode).
Ci-joint : le tableau généalogique "Des Vendéens contre la République" concernant des membres de la famille Clemenceau ayant participé à la guerre de Vendée (cliquez sur l'image pour agrandir celle-ci).
Posté le 22.03.2007 par clemenceaudupetitmoulin
En ce jour du 13 mars 1793, un meneur sort plus particulièrement de l'ombre : Pierre-Charles Cesbron d'Argonne, accompagné de son futur bras droit Basile Barré, et secondé par Claude-Louis Gazeau dit Louison.
A partir de ce jour, on le voit passer à l'action avec promptitude et efficacité. Il ôte un fusil à un Meilleraisin et le remet à Pierre-Marie Onillon l'aîné de la métairie de la Baclaire du Marillais. Il rétablit ainsi l'ordre dans la ville de St-Florent qui a trouvé un chef.
Cesbron d'Argonne est alors âgé de 57 ans. C'est un ancien prieur commendataire du prieuré de Thorée. Il a été aussi procureur de la fabrique de sa paroisse en 1785. Le juge de paix Duval le décrit comme "un ancien abbé louche...cheveux gris, aristocrate enragé...".
La chasse aux patriotes se poursuit toujours. Ainsi Augustin-Raymond-Jules Léridon, receveur au bureau de l'enregistrement, s'est réfugié dans le salon du sieur Laugereau, ancien receveur du grenier à sel.
Léridon entend les voix de Michel Chataignier et de Laurent Fleury, lesquels font la fouille avec d'autres insurgés. Découvert avec son fils, Raymond-Jacques, ils reçoivent des menaces. Quelque temps après un dénommé Vincent, qui est borgne, vient les chercher et leur dit : "il faut que les citoyens paraissent, sinon ils courront les plus grands risques".
Ils sortent et se dirigent vers la cour du château. Arrivés sur place, ils y retrouvent Laurent Fleury qui leur dit : "foutre! vous ne vous attendiez pas à trouver vos maîtres. Il y a assez longtemps que ces bougres de bourgeois nous menaient! il faut bien les mener à notre tour!".
A ce moment-là, 400 insurgés couvrent la place et les deux commandants sont nommés en cette journée du 13 mars, dont le premier est Cesbron d'Argonne.
On force ensuite les patriotes qui sont assemblés sur la place à suivre une procession jusqu'à l'église des ci-devant religieuses cordelières de la ville.
En cette fin de journée, des gars de St-Florent ont rejoint le bourg de la Pommeraye, où depuis ce jour un bon nombre d'insurgés des paroisses environnantes afflue.
Jacques Musset, marchand de fil (beau-frère de "l'homme"!) propose de lier les patriotes et de les mettre à la tête de leur armée, afin qu'ils reçoivent les premières décharges du feu ennemi.
Au dire de Martin Thomas, juge de paix de Ste-Christine, Jacques Musset est "un des plus fameux brigands" de la ville avec les fils Fleury.
(Suite au prochain et dernier épisode).
Ci-joint quelques images anciennes de l'insurrection.
Posté le 22.03.2007 par clemenceaudupetitmoulin
lithographie ancienne.
Feu de joie des documents administratifs !
Posté le 22.03.2007 par clemenceaudupetitmoulin
Lithographie ancienne.
Ceux-là ne dansent pas la Carmagnole !
Posté le 22.03.2007 par clemenceaudupetitmoulin
Lithographie ancienne
Serait-ce Suzineau qui brandit sa hache?
Posté le 24.03.2007 par clemenceaudupetitmoulin
Le lendemain 14 mars, la garde nationale de Montjean, grossie des réfugiés de St-Florent, se porte sur la Pommeraye. Elle s'y trouve confronter à plus d'un millier d'hommes plus ou moins belliqueux. Le nombre l'emporte sur les apprentis tacticiens qui rejoignent vivement les retranchements naturels du fleuve!
La victoire est rapportée à St-Florent le jour même par François-Jacques dit "l'homme" qui dit venir de "l'affaire de la Pommeraye". Il précise à l'assistance qu'ils ont "tué bien des patriotes, et qu'il en est d'autant plus sûr qu'il a marché sur leurs cadavres".
A cette bonne nouvelle, Monsieur de Bonchamps, Cesbron d'Argonne, Antoine Guérif, Basile Barré et Claude-Louis Gazeau lancent leur chapeau en l'air en criant "Vive le Roi!".
Les chefs proclament que tous les citoyens de St-Florent peuvent sortir sans crainte. On les assemble sur la place d'armes.
Bonchamps, Chicotteau, Barré et Michelin font crier à tous les insurgés : "Grâce pour les citoyens!".
Dans l'après-midi, les patriotes sont conviés aux réjouissances de la future "armée des bords de la Loire".
Une première manifestation a lieu à l'ancienne église des Cordelières, où le curé Michel-François Gruget bénit le drapeau blanc et ouvre les festivités.
Cesbron d'Argonne est en tête de la procession, avec à côté de lui, le serrurier Paviot et le fils aîné de "l'homme", François Clemenceau qui tient le drapeau blanc.
La procession se dirige vers la demeure de Jacques Michelin, où loge de Bonchamps. Les chants conduits par l'abbé Lépine ajoutent de la solennité à cette procession.
Devant Michelin, on fait jurer aux patriotes la main levée "de ne jamais porter les armes contre les ordres de Bonchamps et de lui rester fidèle".
Pendant ce temps, Jean Paviot et Jacques Marsault vont chercher le couvreur Jean Rousseau afin que celui-ci substitue le drapeau blanc au drapeau tricolore qui flotte encore au sommet de l'église abbatiale.
Trois jours plus tard le 17 mars, en l'église de St-Pierre, a lieu la nomination officielle des capitaines des quatre compagnies de St-Florent.
Au son du tambour, on a invité pour l'occasion les patriotes qui ont la ville pour prison.
Pierre-Charles Cesbron d'Argonne, comme un diable dans un bénitier, au témoignage du gendarme Grenier, est en chaire. Derrière lui se trouve son bras droit Basile Barré.
Cesbron lance comme première proposition : "Au nom de Dieu, mes amis, nommons pour commandant de la ville, monsieur de Bonchamps!"
De Bonchamps refuse ce poste, prétextant qu'il est déjà commandant général de l'armée chrétienne.
Cesbron reprend : "Au nom de Dieu, mes amis, nommons pour commandant de la ville, monsieur Michelin".
Cela est accepté par toute l'assemblée en l'absence de l'intéressé. Quand Michelin en est informé, il refuse le poste et tous les autres qu'on aurait aimé lui confier.
D'un commun accord, l'assemblée propose ensuite comme commandant en second de la ville, Cesbron d'Argonne, lequel accepte la fonction avec plaisir.
Cesbron d'Argonne propose alors pour les grades de capitaine l'ancien notaire et huissier au grenier à sel Basile Barré, l'officier municipal René-Florent Chicotteau, Antoine André Guérif, du Pont, administrateur au district et enfin le marchand cirier Louis-François-Marie Lecocq de la Pottrie.
Ce dernier se réjouit des évènements et dit à qui veut bien l'entendre que ses affaires vont aller mieux. Il est vrai qu'il avait vu d'un mauvais oeil la fermeture des églises de la région !
(Fin du texte de Luc Clemenceau).
Un petit commentaire:
Pour écrire ce texte, Luc s'est attelé à une étude critique du tome II du livre de Célestin Port " la Vendée angevine, les origines, l'insurrection" librairie Hachette Paris 1888, ceci à la lumière des dépositions originales des réfugiés patriotes dont les cotes sont les suivantes, 1L1028, 1L1029 et 1L1103 - Archives départementales de Maine-et-Loire.