Les cousins Clemenceau du Petit Moulin
Posté le 03.12.2007 par clemenceaudupetitmoulin
Photo de 2 pages du livre "la Vendée angevine, les origines, l'insurrection" de Célestin Port, archiviste de Maine-et-Loire, librairie Hachette 1888.
Si notre deux fois arrière-grand-père Pierre Clemenceau* (°1833 +1903) d'Ingrandes avait su lire et eu connaissance de ce livre à l'époque...!
Son grand-père Pierre (°1766 +1793-94) dernier meunier du Petit Moulin était dans un livre d'histoire (p.321), mais lui avait le privilège (!) de la tradition orale.
* Voir la rubrique "Portraits de famille : génération III".
Voir les rubriques :
- "Généalogie de la famille Clemenceau" article "Génération VI : Jacques Clemenceau et Mathurine Vincent" pour suivre la généalogie et l'histoire des Clemenceau du Petit Moulin.
- "Les cousins Béranger-Horeau".
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Posté le 28.12.2007 par clemenceaudupetitmoulin
Acte indiquant que le Petit moulin de Sienne a été totalement détruit pendant la guerre de Vendée (Archives départementales de M-et-L, série L, 6 L 24).
Pendant l'Ancien Régime, le Petit Moulin de Sienne appartient à l'abbaye de St-Florent-le-Vieil (1).
Le 17 novembre 1790, le moulin est estimé comme Bien national à 2200 livres (2).
Un an plus tard, le meunier Pierre Clemenceau est acquéreur du Petit Moulin pour la somme de 3025 livres (3).
Mais en juillet 1792, c'est Jean Baptiste Marie Michelin de Champtoceaux qui en devient propriétaire par aliénation, réglant les quittances du meunier Pierre clemenceau.
On peut imaginer la déception du meunier qui voit son bien passé dans les mains d'un autre, en l'occurence un "bourgeois", faute d'avoir pu acquitter les sommes dûes.
C'est un motif de mécontentement supplémentaire à l'égard du nouveau régime qui a aussi commencé à persécuter les prêtres dans la région et à perquisitionner à domicile pour désarmer les "mauvais citoyens".
Son voisin, l'oncle François Jacques dit l'homme du Grand Moulin a même dû cacher 4 fusils pendant qu'on a fait le désarmement chez lui (4).
Pierre Clémenceau figure lui aussi parmi les insurgés qui combattent ce régime honni à Saint-Florent-le-Vieil (5).
Le 12 mars 1793, il n'apparaît pas encore dans les dépositions des patriotes.
Ce n'est que le lendemain, quand les patriotes sont toujours poursuivis et menacés, que Pierre Clemenceau et son cousin Pierre Cognée du moulin de la Voie mettent en joue Pierre Vaux, avec "leur fusil armé sur la poitrine" (6).
Le 18 avril 1793, pendant que les chefs vendéens sont en conférence avec Bonchamps à St-Florent, un détachement de soldats républicains passent la Loire à "Cul de boeuf", au Mesnil-en-Vallée et brûlent le château de la Baronnière (7).
Il est fort possible, que cette troupe d'incendiaires ait continué son forfait dans le secteur, puisque le Petit Moulin et le Grand Moulin sont très proches de la Baronnière, malgré l'Evre qui les séparent.
En tout cas, courant 1793, le Petit et le Grand Moulin sont brûlés (8).
De retour de la "Virée de Galerne", après avoir traversé la Loire avec Stofflet, la Rochejaquelein et bien d'autres, Pierre (27 ans) et son frère Jacques (19 ans) sont cueillis par les patriotes du secteur de St-Florent au Petit moulin où ils se sont réfugiés.
Capturés au saut du lit, ils sont emmenés en prison malgré une amnistie promise par le général Moulin (9).
Ils ont perdu à jamais du côté de la Normandie, ou à une bataille meurtrière telle celle du Mans leurs 3 autres frères François (23 ans), Jean (22 ans) et René (13 ans) (10) .
Le "seul" homme rescapé de la famille Clemenceau du Petit Moulin (concernant cette génération) est Michel âgé de 11 ans. Il a pu quitter la zone insurgée avec sa soeur Renée Perrine âgée de 19 ans du côté de Saumur (voir la rubrique "Avis de recherche").
D'après la tradition orale Clémenceau-Béranger (11) "les femmes du Petit Moulin viennent leur apporter à manger à travers les grilles de la prison " (l'abbaye de St-Florent a servi de geôle à cette époque).
Ils seront ensuite fusillés au Marillais suivant le témoignage de Marie Horeau, dernière habitante de la ferme du Petit Moulin vers 1920.
Pierre et Jacques sont inscrits dans les registres des décès de Botz (12) le même jour à la date du 30 décembre 1793 (le 10 nivôse an 2) sans que la cause de la mort soit précisée. Les autorités municipales restaient "pudiques" sur ces évenements tragiques !
Mais revenons au Petit Moulin de Sienne.
Le 30 germinal an 5 (19 avril 1797) son propriétaire Michelin l'aîné de Champtoceaux expose devant l'administration municipale du canton de St-Florent-le-Vieil :
"...que le dit moulin a été totalement brûlé, ainsi que les logements du meunier, grange et toiterie, qu'il n'en a touché aucun revenu depuis quatre ans, l'exposant ne peut fixer le montant de l'imposition, les rôles et quittances ayant été brûlés...".
Dans la marge, annoté par le commissaire du directoire éxécutif :
"Vu par l'administration la pétition cy contre
L'administration, le commissaire du directoire exécutif entendu, estime que les propriétés de ce canton ayant été entièrement dévastées, il n'y a pas un propriétaire qui n'ait des droits à l'indemnité promise et que le pétitionnaire est dans le cas.
Au Montglonne le 10 floréal an 5 (20 avril 1797)".
(1) Voir la rubrique "les meuniers et les moulins d'antan".
(2) AD-49 : série Q, 9 Q 2.
(3) AD-49 : série Q, bureau de St-Florent, enregistrement des actes, registre n°44.
(4) François Jacques s'en vantera pendant l'insurrection auprès du patriote Symphorien Pouzet.
(5) Voir la rubrique "Il était une fois ...la Contre-Révolution".
(6) A.D -49 : 1 L 1028, pièce 82 et "La Vendée angevine" de C.Port, tome II p.321. C'est l'unique fois où Pierre Clemenceau du Petit Moulin apparaît dans un acte en état de rébellion.
(7) Voir le livre "La Chapelle-St-Florent à travers les âges" p.44 de Robert Chéné
(8) Voir la déclaration de la veuve de François Jacques Clemenceau dans la rubrique "Les cousins Clemenceau du Grand Moulin".
(9) L'amnistie promise par le général Moulin (l'aîné) pour les rescapés royalistes lui fera passé un mauvais quart d'heure chez un certain Carrier à Nantes (voir le livre de François L'Hostis "Les Ponts-de-Cé... 1793-1796" ed. du Choletais pp.90-91-92).
La tradition orale du côté Clemenceau nous indique que l'ancêtre n'a pas eu le temps de s'habiller, d'où notre expression "au saut du lit" !
(10) La "Virée" des 5 frères Clemenceau du Petit Moulin est plus que probable, mais nous n'en avons pas la preuve (pas de demande de pension de la veuve de Pierre, Marie Oger qui meurt en 1816).
Leurs 3 oncles François Jacques dit "l'homme", Jean et Pierre du Grand Breil font "la Virée" avec leurs 5 fils.
Les noms des 3 frères de Pierre et Jacques du Petit moulin n'apparaissent plus dans les registres de l'état civil, après la Guerre de Vendée.
(11) Voir les rubriques "Généalogie de la famille Clemenceau" et "Les cousins Béranger-Horeau".
(12) Ils sont inscrits 8 ans après ! (Supplément des décès, arrêté le vingt floréal an 10). Pierre est encore inscrit à St-Florent dans les "actes rédigés sous Bonaparte, 1er consul" à la date du 24 pluviose an 2 (12 février 1794).
Certains n'ont pas d'acte de décès, lui en a deux !
Posté le 29.12.2007 par clemenceaudupetitmoulin
Posté le 16.04.2008 par clemenceaudupetitmoulin
Photo du cadastre de St-Florent en 1827. AD-49.
Les moulins sont voisins, distants d'un km environ. Voir la rubrique "Meuniers et moulins d'antan" concernant le Petit et le Grand Moulin.
Ce texte ci-dessous est basé sur le livret familial "Généalogie de la famille Clemenceau" (1999) de Luc Clemenceau.
En 1733 (le 28 mai), Jacques (1) naît au Grand Moulin de Sienne à Botz.
En 1764, il épouse en l'église Saint-Christophe, en la Chapelle-St-Florent, Mathurine Vincent (2), fille de Michel Vincent, métayer à la Basclère ou Baclaire du Marillais et de Mathurine Girault.
Treize jours plus tôt, le couple avait passé un contrat de mariage, devant maître Dénécheau, estimé à 1768 livres 3 sols 4 deniers.
Jacques devient meunier au Petit Moulin de Sienne, où son grand-oncle Simon Hervé avait été meunier avant de terminer sa vie au moulin du Pont Dalaine en la Chapelle-St-Florent en 1767;
En 1771 et 1774, Jacques et Mathurine vendent, devant maîtres Chiron et Martin l'aîné, notaires à Bouzillé et au Grand-Montrevault, pour 150 livres deux boisselées en vigne au clos des Rochereaux au Marillais et pour 250 livres deux bois situés dans "le pré à Tertrou" avec une chambre au Grand-Breil et trois portions de jardin.
Le 16 janvier 1781, devant maître Gazeau, notaire à St-Florent-le-Vieil, le couple vend, crée, constitue à titre de rente foncière à René Avrillault (3) moyennant 300 livres un setier de blé seigle (4) de rente assis sur le moulin à vent, que les Clemenceau viennent de faire construire dans la pièce de la Houssière en St-Florent.
L'année suivante, le 7 décembre, Jacques Clemenceau est inhumé par le curé René Courjaret, en présence de Jean Mari et de René Pithon, les fossoyeurs de la paroisse semble-t-il.
Jacques est décédé à l'âge de 49 ans vraisemblablement d'une maladie pleuro-pulmonaire qui sévit dans les paroisses environnantes (5).
Sa veuve régle alors la coquette somme de 223 livres pour soins et médicaments au chirurgien Pierre Drouet de St-Florent.
Après le décès de son mari, Mathurine Vincent a des difficultés financières.
En juin 1785, Mathurine Vincent rembourse cette somme à Marie Bouyer, sa belle-soeur, veuve de Michel Vincent et à René Vincent, son frère de la Basclère du Marillais.
En juillet, elle règle 75 livres pour une livraison de moutons à Jacques Delahaye, marchand aux Noyers à Beaupréau et 444 livres à Françoise Cognée "pour cause de marchandises".
En août, Mathurine vend des "immeubles à Botz" moyennant 2128 livres, avec charges comprises, à François Jacques et Pierre Jean Alexis Clemenceau, ses beaux-frères, meuniers au Grand Moulin de Sienne (voir la rubrique "Les cousins Clemenceau du Grand Moulin".
Le 9 février 1786, devant maître Gazeau, Mathurine Vincent s'acquitte de ses créanciers pour un montant de 2050 livres, dont une partie du détail est :
- 206 livres aux Bénédictins de l'abbaye
- 62 livres 8 sols aux collecteurs de la taille
- 101 livres 18 sols à François Pécusseau, son domestique
- 14 livres 9 sols aux collecteurs du sel
- 130 livres à René Avrillault
- 11 livres à François Jacques Clemenceau....
Le 11 novembre 1786, à l'âge de 45 ans, Mathurine Vincent décède et le 26 novembre Jean Gabriel Raimbault, vicaire de la paroisse, publie la vente des meubles de la défunte (A.D 49 série C-2890).
(1) Voir aussi le résumé dans la rubrique "Généalogie de la famille Clemenceau" article "Génération VI : Jacques Clemenceau et Mathurine Vincent".
A propos du destin des enfants du couple, voir la suite à l'article "Génération V : Pierre Clemenceau et Marie Oger" et l'article ci-dessus.
(2) Les Vincent de la Baclaire du Marillais seront très impliqués dans la guerre de Vendée en 1793.
Le frère de Mathurine, François dit "le large" (°1731-+1793) est tué à Laval (Mayenne) lors de la "Virée de Galerne" ainsi que son fils René (°1772 +1793).
(3) dit "le jeune" de la Billardrie au Marillais. René Avrillault est le neveu de Mathurine Vincent. La mère de René est Jeanne Vincent X René Avrillault, marchand fermier du Marillais.
Avrillault "le jeune" participe à la guerre de Vendée comme courrier. En 1775 il épouse Françoise Berthelot au Marillais.
Le père de Françoise, Julien Berthelot sera tué à l'âge de 63 ans par les Républicains au Marillais en 1793/94 avec René Vincent (°1740 +1793/94, fils de René et Marie Blon) un neveu des soeurs Vincent (pour plus de précisions les concernant, voir la rubrique "Les cousins Clemenceau du Grand Moulin" article "Jean Clemenceau, le frère de l'homme").
Le frère de Françoise Berthelot, Julien (°1759 Le Marillais X 1784 Marguerite Cussonneau) sera fusillé à l'âge de 35 ans à Avrillé (Champ des Martyrs) lors de la 9e et dernière fusillade le 16 avril 1794. Voir Biblio. Houdebine.
(4) Le contrôle des actes du bureau de St-Florent précise : un setier de blé seigle, mesure de Montrevault sans comble.
(5) Nous n'avons pas encore vérifié l'incidence de la maladie dans la paroisse de Botz.
Mais d'après les relevés des prêtres de la paroisse de la Boutouchère, l'étude des décès montre en moyenne 7 décès par an pour les 27 années précédant 1781.
Le nombre de décès monte à 17 cette année-là, où janvier et février donnent 5 décès et 9 pour la période de septembre à décembre.
L'année 1782 dénombre 16 décès dont 4 en mars, 2 en avril (idem en novembre) et 3 en décembre, le mois même où Jacques est décédé.
Quant à la cause du décès de Jacques, s'agit-il d'une maladie pleuro-pulmonaire qui, d'après François Lebrun (6) éclate en novembre 1782 ou d'une autre "maladie populaire" de ce temps-là dont on se remet difficilement : "fièvres de toute espèce, tierces, quartes, putrides et malignes...(sans oublier )...dysenteries, fièvres pourprées et malignes.." ?
(6) "Les hommes et la mort en Anjou aux 17e et 18e siècles" Mouton, Paris 1971 (pp.384-385).