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merci pour votre message. pas de problème, jacky clemenceau. http://clemenc eaudupetitmoul in.centerblog. net
Par clemenceaudupetitm, le 21.05.2021
merci pour votre sympathique message, bonne continuation ! jacky clemenceau. http://clemenc eaudupetitmoul in.
Par clemenceaudupetitm, le 21.05.2021
bonjour,
j'écris un livre sur la grande guerre de 1793 (aux éditions geste) et j'aimerais savoir si vous m'a
Par Anonyme, le 21.05.2021
bonjour,
je viens de revoir ce blog suite à l'émission d'hier soir sur st hélène avec stéphane bern. je suis
Par Anonyme, le 20.04.2021
voyage extraordinaire avec le comte de chanteleine, édition magellan...
https://ww w.editions-mag ellan.co
Par clemenceaudupetitm, le 28.02.2021
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Date de création : 03.03.2007
Dernière mise à jour :
28.02.2021
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Photo et extrait du texte sur www.fondationresistance.org :
"Dès le 14 juillet 1940, les premiers détachements de Français Libres défilèrent à Londres devant le général de Gaulle".
Un mois auparavant, le 18 juin (1), Charles de Gaulle rejoint Londres et lance depuis la B.B.C son fameux appel à continuer le combat.
Dimanche 14 juillet (2) : souvenirs amers et pénibles. Il pleut.
Il pleut aussi dans mon coeur et je ne puis cacher mes larmes. Sale journée !
Comme je voudrais être à l'année dernière !
En rentrant le soir, nous marchons par trois et nous chantons la Marseillaise en traversant le village ! Inouï !!!
Il paraît que la Russie est en guerre contre l'Allemagne et qu'elle est déjà à la frontière allemande (3).
Les Fritz seraient obligés de ramener des troupes de France.
La guerre contre l'Angleterre n'est pas encore réellement commencée.
Que se passe-t-il vraiment (4)?
Le mardi 16, au terrassement, je reçois un coup de pied de cheval dans la fesse gauche !
Un bleu y restera longtemps.
Pendant plusieurs jours, je reçois de fortes ondées orageuses sur la peau, puisque nous travaillons le torse nu.
Notre gardien chronomètre tous nos travaux, il est de plus en plus embêtant.
Le jeudi 18, je vais avec le tracteur, conduit par un prisonnier polonais, chercher du sable dans la forêt de Kürt.
C'est dur, mais nous avons comme une sensation de liberté !
On respire un peu, mon camarade Gabriel Mouillot et moi-même, car nous sommes seulement avec deux Polonais !
Les Allemands doivent dérouiller, car ils font une sale tête !
Samedi 20, nous faisons la moisson (gerbes) et buvons du schnaps.
Dimanche 21 juillet, nous faisons bouillir notre linge, le peu que nous avons, les poux ayant fait leur apparition sur un gars.
Je mets des morceaux à mon pantalon.
Notre Wachmann nous ayant fait remarquer que, nos vestes sur le bras, nous ressemblons à des Polonais (suprême injure, car ils sont la bête noire des Allemands !), aussitôt nous saluons les Polonais que nous croisons.
Il est question de renvoyer deux de nos camarades au Stalag.
L'hiver dernier, il a fait -42° !
Cela arrive de temps en temps et les arbres fruitiers n'y résistent pas.
Le lundi 22 juillet, nous touchons un petit pécule ; pour 15 jours :
6 Reichmarks et 50 pfennig, mais ce ne sont que des Marks de camp qui n'ont aucune valeur !
J'achète chez Friedrich une brosse à dent et un dentifrice, puis on nous interdit ensuite d'acheter quoi que ce soit.
Il paraît que l'Amérique est en guerre contre l'Allemagne (5).
Le samedi 27 juillet, nous avons un nouveau gardien.
Il dispute fort, il ne veut pas nous laisser une minute tranquilles.
Quelle acquisition ! Je me fais enguirlander copieusement par ce dernier.
Le dimanche 28, nous allons au lac.
Le nouveau gardien terrorise encore les copains.
L'après-midi, on nous enferme dans le bunker.
Pluie torrentielle.
Nous souffrons déjà beaucoup du froid car l'automne a commencé au début de juillet !
Ce lundi 29, nous creusons un énorme fossé.
J'ai les pieds nus dans l'eau froide et dans la boue.
De temps en temps, je dois lever une jambe en l'air pour arracher de mes mollets quelques sangsues voraces qui se cramponnent dur !
Et cela toute la journée et sous la pluie.
Avec une pelle, il me faut creuser et rejeter, à plus de deux mètres de hauteur, la terre boueuse qui, souvent, me retombe sur la tête !
Quel calvaire ! Terrible journée, car en plus, j'ai mal à la tête et je vomis, mais je dois continuer à travailler dans l'eau et la boue.
Travailler sans cesse, comme un bagnard, et à toute vitesse.
Je suis exténué. Vidé !
Vu mon état lamentable, le gardien en a parlé au Patron et celui-ci a bien voulu me changer de place, surtout parce que cela l'arrangeait !
Le jeudi 1er août, on me met à garder les vaches !
A la place d'un pauvre type que les Allemands surnommaient "der Jude", le juif !
C'est assez monotone, mais là au moins, je vais pouvoir reprendre un peu de force, j'en ai bien besoin car je suis à plat.
(1) Note "Clemenceaudupetitmoulin" :
Entrée dans Paris le 14 juin, l'armée allemande s'avance vers la Loire.
Le gouvernement français s'est replié à Tours, puis à Bordeaux.
Le 17 juin, le maréchal Pétain appelle à cesser le combat.
Ne pouvant accepter la défaite, les officiers et élèves de l'Ecole de cavalerie de Saumur décident de stopper l'avance ennemie, avec d'autres corps de troupe qui sont présents dans le secteur.
En tout 2190 hommes attendent les Allemands après avoir fait sauter les ponts.
L'artillerie ennemie concentre ses tirs sur Saumur et Gennes, occasionnant des destructions, des morts et des blessés.
Au cours de cette résistance du 18 au 20 juin, de nombreux élèves devenus les " Cadets de Saumur" sont tués sur le champ de bataille.
Source : "Le sacrifice des Cadets de Saumur : 18-20 juin 1940" Conseil général de M-&-L, n° 41- juin/juillet/août 2007.
(2) Note "Clemenceaudupetitmoulin" :
"Le 14 juillet 1940, quatre jours après l'Armistice, le gouvernement de Vichy engage la population à marquer "par une attitude digne et recueillie la signification particulière que prend, en ces heures douloureuses, la Fête nationale".
Le 14 juillet demeure un jour férié pendant l'Occupation mais le rituel en est assez profondément modifié.
C'est un jour de deuil auquel l'Eglise est associée".
Source et extrait : www.14juillet.senat.fr/.
(3) Encore presque une année à attendre !
Le 22 juin 1941, Hitler, rompant le Pacte germano-soviétique, ordonne l'opération "Barbarossa".
Voir "Diem Perdidi article 22".
(4) Le 12 juillet, la Luftwaffe a même entrepris des raids jusqu'à Aberdeen en Ecosse et Cardiff dans le Pays de Galles.
Source : "Worldwar-2.net".
(5) Il faudra encore attendre décembre 1941 !
Voir "Diem perdidi article 19"
- Article dans la rubrique "Guerre mondiale (2ème) : Diem perdidi (2)".
Carte postale ancienne de "Rheinswein, Ostpreussen" extraite du site "ciekawemazury.pl" avec une vue de la "Molkerei" (laiterie).
Old postcard of Rheinswein, East Prussia, now Ransk in Poland/Alte Postkarte von "Rheinswein, Ostpreussen" jetzt Ransk.
Lundi, notre camarade Suatton a reçu six lettres de Suisse, son pays !
Et moi ? Ce sera pour quand ?
Ce soir, 1er août, en rentrant du boulot, on nous distribue, en plus de 7 pfennig, une carte-lettre et une carte simple pour écrire chez soi !
Quel bonheur ! Enfin écrire.
Le 2 août, je garde encore les vaches. Il ne pleut plus.
Le samedi 3, je vais avec les camarades faire la moisson. Onze heures de travail.
En rentrant le seigle, je reçois un coup de fourche entre les doigts !
La lettre que je venais d'écrire à Juliette m'est rendue par le gardien sous prétexte qu'il ne fallait pas l'écrire au crayon-encre !
Cependant, le réglement affiché dans la piaule l'autorise.
Le dimanche 4 août, j'écris la carte à maman et, pendant 1h. et demi, je gratte avec une lame de rasoir, soigneusement, pour ne pas la perdre, la lettre à Juliette et je l'écris, à nouveau, au crayon ordinaire !
Pendant que nous sommes enfermés, de 13 heures à 17 heures, je racommode mon pantalon.
Le gardien nous photographie.
Hier soir, chez Bubel, c'était la fête de la moisson.
Nous avons bien mangé et bu du schnaps et sommes rentrés à 23 heures.
Lundi 5 août (anniversaire), arrachage de 1800 kgs de pommes de terre et le soir nous rentrons du seigle.
Le mardi, dure journée au terrassement et la nuit, j'ai la fièvre.
Le lendemain mercredi 7 août :
Anniversaire de ma Juliette chérie, je garde à nouveau les vaches avec une forte fièvre.
Je suis très malade, je ne mange pas de la journée.
Le jeudi 8, je reste couché au camp avec fièvre, forte migraine, fort mal de gorge et faiblesse extrême.
Ca ne va pas du tout, je ne mange pas non plus.
Vendredi 9, ça ne va guère mieux.
On veut m'envoyer à l'hôpital, mais je ne veux pas car, après, c'est le retour au camp du stalag, et là, c'est terrible, mais le patron supportera-t-il cet état des choses ?
Et moi-même ? J'ai énormément maigri en 3 jours.
Pourquoi cette forte fièvre ?
Samedi 10....
Dimanche 11, ça va un peu mieux.
Orages très violents. On apprend (?) l'entrée en guerre du Japon (1), l'arrivée de deux escadres américaines, des soulèvements en France, la libération de prisonniers français pour la Suisse.
Suatton reçoit un colis de chez lui.
Lundi 12, je reprends mes vaches en mains.
Mardi, mercredi, pluie.
Le 14, je trouve un trèfle à quatre feuilles ! Me portera-t-il bonheur ?
Suatton et Lucas devront repartir au Stalag le 20.
Pauvres gars. C'est une perte pour nous car, seul Suatton parle allemand.
Le 15 août, beau temps. Je garde les vaches.
Le maire de Rheinswein, neveu de notre patron Bubel, est venu et a dit que Suatton ne partirait pas, mais que ce serait plutôt le gardien qui partirait !
Bien fait, na !
Le 16, j'apprends (?) que les KG (2) commenceraient à partir le 20 août (?!?).
Aujourd'hui 17, juste 3 mois que je suis prisonnier !
Que c'est long ! Une éternité ! L'éternité, c'est long, surtout à la fin !!!
Le dimanche 18, un camarade me donne une chemise.
Le lundi 19, je retourne au terrassement.
C'est pénible. J'ai mal aux reins et dans le bras.
Le 21 août, le thermomètre est à 7°, il fait froid et rien pour se couvrir.
22 août, je retourne aux vaches. Il pleut.
Et toujours pas de nouvelles, pas de lettres. J'ai le cafard au plus haut point.
Le 27 août, R.A.S toujours aux vaches. Pluie, cafard.
Le 28, je retourne au terrassement.
Le midi, nous avons de la vache pourrie immangeable, et le soir un potage infect que nous ne pouvons pas manger.
Et pourtant, nous ne sommmes pas difficiles !
Après avoir travaillé au terrassement pendant 10h 30, c'est épatant !
Salauds !
Le 29, terrassement !
(1) Notes à venir.
(2) Note "Clemenceaudupetitmoulin" : Prisonniers de guerre.
- Article dans la rubrique "Guerre mondiale (2ème) : Diem perdidi (2)".
Photo de la laiterie de Rheinswein (1934) extraite du site www.kreis-ortelsburg.info (voir aussi notre lien dans "Blogs et sites préférés "G.M 2, Molkerei Rheinswein"(1).
Le vendredi 30 août, un employé, allemand bien sûr, de la laiterie coopérative (Molkerei-Genossenschaft pour les initiés) étant appelé au front, le patron de la laiterie en demande un au Gauleiter Herr Bubel.
Je suis désigné !
Merci, schöner Dank ! J'ai l'air de plaire à mon futur patron qui m'emmène tout joyeux !
Il a l'air très sympa ! Mais...prudence.
A la laiterie, le travail est dur et rapide, mais intéressant et varié.
Patron et employés (trois) ont l'air très chics. J'y mange bien.
Combien de temps vais-je rester ?
Il y a le gérant Herr Sendzik, colosse blond et souriant ; sa femme Frau Sendzik, distante, son beau-frère Emil et deux employés Karl et Heinz.
Ces deux derniers fraternisent volontiers.
La laiterie est au bout du village, pas loin de notre bunker.
Elle est située au bord du lac.
Un bâtiment en U avec une grande cheminée.
Nous sommes séparés de la route par un petit chemin d'à peine 100 mètres et par un champ de pommes de terre (des kartoffeln) qui appartient au vieux Stank, le père de Karl.
Je suis affecté à la fromagerie, il y a 4 services :
- réception du lait qu'amènent les paysans
- toute la machinerie : écrémeuses, pasteurisations, refroidissement
- fromagerie et beurrerie.
Je fais des fromages !
Herr Sendzik m'a donné une paire de bottes neuves, en caoutchouc, car nous avons toujours les pieds dans l'eau, l'été comme l'hiver.
II m'a donné aussi, croyant me faire plaisir, 2 cigares !!
Samedi 31 août, je suis très heureux d'être ici.
J'ai quelques petits loisirs et je ne vis plus dans la crainte perpétuelle d'une crise de phonie aiguë de notre gardien.
Dimanche 1er septembre, je travaille le matin, et je prends un bon bain chaud dans une baignoire portative, en métal, que j'ai installée dans la salle de chauffe, pour une demi-heure.
Chouette ! Le patron est très content de moi.
Lundi 2 septembre, le fromager, spécialement venu d'un village voisin pour prendre ma place, ira... chez Bubel et moi je resterai donnant toute satisfaction.
Je suis très heureux, car ici c'est le paradis à côté de l'enfer de chez Bubel !
Je jubile.
Y a bon le lait, même recouvert de paille ou de quelques petites saletés, car il me faut quand même faire vite pour en prendre une tasse, sans me faire voir !
Les jeudi et vendredi 5 et 6, j'ai une fièvre de cheval !
Mais je ne le dis pas de peur de perdre la place !
Je me cramponne aux énormes cuves de lait et je manie tant bien que mal la lourde gamelle que je dois plonger dans le lait et la retirer ensuite, à bout de bras (7 kgs) pour remplir les moules où se feront les fromages !
C'est dur quand on est bien portant, alors quand on est malade.
(1) Concernant une autre photo de la laiterie coopérative (Molkereigenossenschaft) de Rheinswein, voir la rubrique "Guerre mondiale (2e) : Diem perdidi (4)" à l'article 37.
On y voit Herr Sendzik (Molkereiverwalter) le gérant de la laiterie, Gabriel Noury et son camarade Mouillot.
- Article dans la rubrique "Guerre mondiale (2ème) : Diem perdidi (2)".
Molkerei-Genossenschaft Rheinswein, Kreis Ortelsburg (Ostpreussen).
En-tête de lettre de la laiterie coopérative de Rheinswein, district d'Ortelsburg (Prusse orientale) dont le gérant est Herr Sendzik (Molkereiverwalter) dans les années 1940.
Document de Gabriel Noury.
Depuis quelques jours, il fait beau et plus chaud.
Nous apprenons que l'Amérique a envoyé dans les îles que l'Angleterre lui a données, 50 croiseurs et de nombreux avions.
Chic, alors ! Mais ce jour-là, mauvaise nouvelle, nous apprenons aussi que l'on n'a pas le droit d'écrire (ni de recevoir des lettres) au territoire français occupé par les Allemands !
Cafard, samedi et dimanche 7 et 8, je suis toujours un peu malade : fièvre et diarrhée.
Le 8, Renault reçoit des lettres de Redon. Je reprends un bain.
Chouette ! Le 10, la fièvre est partie, mais dans le ventre, ça persiste.
Les poux ont refait leur apparition et mènent une offensive de grande envergure !
Il y en a qui en trouvent des centaines sur leur corps, et de grande taille.
Pouah ! Moi, je suis privilégié, je n'en ai que trois.
Peut-être à cause de l'hygiène, mais est-ce que cela durera ?
Maintenant, nous sommes de vrais prisonniers !!!
Mais c'est bougrement vexant, et le fait que mes patrons aient éloigné de moi leur gosse, me fait l'effet d'une gifle !
Aujourd'hui, grand dépouillage en régle : désinfection, lavage etc.
Quelle poisse que ces poux !
Plusieurs camarades ont reçu plusieurs lettres, aujourd'hui.
Moi, rien !
Pourquoi ?
Sera-ce pour un autre jour ? Comme c'est long et désespérant de n'avoir aucune nouvelle.
Le 14 septembre (1) : 1 an de guerre ! Ah là là ! Que de temps perdu !
Herr et Frau Sendzik sont sympathiques avec moi ; leurs employés Karl, Heinz, Heta aussi.
Ils me prêtent un pantalon, ayant pitié de mes guenilles.
Depuis quelques jours, le méchant gardien est parti en perm.
Puisse-t-il ne jamais revenir. Un chic type le remplace.
Le 17 septembre, cela fait 4 mois que je suis prisonnier.
Plus de 4 mois sans nouvelles !
Malgré le travail intense, les soucis, la fatigue, les angoisses, il n'est pas de jours ou de nuits où ma pensée ne s'envole vers Angers, vers ceux que j'aime : ma fiancée chérie, maman, mes frères et soeur, toute la famille.
Que font-ils ? Que sont-ils devenus ?
Autant de questions qui me font mal et qui me plongent dans le désarroi le plus complet.
Et eux, que savent-ils de moi ?
Me croient-ils mort ? Il est vrai que je devrais l'être au moins 10 fois !
Je vis, mais en esclavage.
Ils ont sur nous droit de vie ou de mort et il suffit de peu de chose.
Ca tourne dans la tête... quand le travail occupe, l'esprit se calme un peu, mais quand on est inactif, ou presque, comme lorsque je gardais les vaches, alors là... un cafard monstre m'envahissait et pour ne pas sombrer dans le désespoir ou la folie, il me fallait, dans un sursaut d'énergie, trouver un dérivatif.
Ma pensée devait absolument vagabonder.
C'est pourquoi je me suis réfugié dans la poésie et c'est en gardant les vaches que j'ai écrit presque tous mes poèmes !
Et pourtant ce "métier" n'était pas une sinécure !
Le pré, où elles devaient paître, avait davantage de cailloux que d'herbe.
Aussi lorgnaient-elles, avec avidité, les champs voisins plus généreux : du seigle et des lupins (je ne connaissais que le nom en allemand "loupine" !).
Des 13 vaches, il y en avait au moins 2 ou 3 qui choisissaient, sinon la liberté, du moins la nourriture, et ce n'était pas facile de les ramener, car pendant ce temps, toutes les autres fonçaient dans le seigle !
Et comme j'emportais avec moi ma maigre pitance du déjeuner, puisque j'y restais la journée entière, dans une petite gamelle que je posais à terre, souvent il y en avait une qui, sans malice aucune, me la piétinait, alors tintin pour la bouffe !
Ah les vaches !
Et quand, en milieu de journée, par la chaleur, je voulais me reposer au milieu d'elles, couchées sagement, il s'en trouvait toujours une qui ne voulait pas dormir et qui s'amusait, à coups de cornes, à les faire lever toutes !
Quelle corrida !
Elles m'en ont fait baver ! Mais c'est du passé !
A suivre.
(1) Note à venir.
- Article dans la rubrique "Guerre mondiale (2ème) : Diem perdidi (2)".
Devant la laiterie à Rheinswein/An die Molkerei in Rheinswein/At the dairy in Rheinswein. Photo Gabriel Noury avec la légende : "Détente après séance de blanchiment de la laiterie. Dans la cour, devant la chaufferie, Gabriel Noury (debout), Heinz Höpgen* (à gauche), Otto Karacz** "La Fleur" (milieu), Karl Stank (à droite).
*Heinz Höpgen kommt aus Köln (vient de Cologne ou environs).
** Otto Karacz (oder Karrasch) heisst "la fleur/die Blume", weg später an der russische front (parti plus tard sur le front russe), verwundet (tué) in Leningrad, 31.08.1942 (Voir "Diem Perdidi 28").
Retournons à la laiterie.
Le 18 septembre, j'ai cru avoir une idée géniale !
A force de voir la blonde et appétissante crème s'étaler mollement sur les tuyaux de réfrigération et descendre limpide et onctueuse dans le bac en dessous, j'ai été tenté par le diable, "Der deutsche Teufel" et j'ai voulu faire une cure de crème, croyant ainsi compenser toutes les privations passées.
J'ai plongé (ce qui était formellement défendu, verboten) ma tasse à de nombreuses reprises dans le nectar des dieux, ce qui faisait bien un bon litre (!).
C'était bon, mais ça n'a pas duré longtemps.
J'ai eu une de ces crises au foie, que j'ai cru en crever !
J'étais malade, mais malade. Blanc, vert, je vomissais...
On s'est inquiété de moi, mais je n'ai pas voulu avouer la cause. On m'a allongé près de la chaudière.
Et ça m'a duré 2 jours !!!
J'ai juré de ne plus jamais recommencer !
Je n'ai pas pu manger pendant 3 jours ! La gourmandise est un vilain défaut !
Le 21, à force de nettoyer tous les matins et soirs, les écrémeuses, en frottant les nombreuses "assiettes" coniques dans un baquet contenant du détergent, la peau de tous mes bouts de doigt était complètement usée, la chair était à vif et le sang perlait en fines gouttes.
Je ne pouvais plus rien toucher et cela me faisait terriblement souffrir.
Je travaille quand même, il le faut, mais je fais d'horribles grimaces.
Le soir, pour aller au lit, c'est Heinz qui doit me déshabiller !
Je mets des pansements à tous mes doigts. C'est un calvaire.
Plus tard, cela arrive à se calmer, mais je ne peux plus me servir de 6 doigts sur 10 !
Avec de grands efforts, j'arrive quand même à écrire. Des plaies partout !
Un jour, pas de fabrication de fromages. C'est le grand nettoyage.
Nous dressons une grande échelle le long du mur qui est très haut, peut-être 10 mètres, et nous, ou plutôt moi, avec un jet de chaux assez liquide, je blanchis la paroie.
Il faut déplacer l'échelle, souvent, pour faire le tour de la grande salle des machines et ma foi, j'avais assez peur, car j'ai le vertige.
Karl ou Heinz pompaient en bas.
Ensuite, comme chaque semaine d'ailleurs, lavage du carrelage avec de l'eau fortement additionnée d'acide sulfurique.
Ca piquait la gorge !
Toujours sans nouvelles de France. Je me demande ce que ma Juliette, maman, André (Georges, au Sénégal, ne craint sans doute rien) sont devenus.
Pourvu qu'il ne leur soit rien arrivé de fâcheux, après l'invasion de l'armée allemande !
Rien, rien, c'est dur !
Et puis, pour eux, c'est pareil.
Ah ! Vivement que l'Angleterre gagne la guerre et nous délivre ! Quel beau jour, celui-là !
Changement : permission d'écrire !
Le 22, j'envoie une carte à maman. Défense passive à Rheinswein ! Tiens, tiens !
Les Anglais viendraient-ils rendre visite aux Prussiens !
Le 27, un pacte germano-italo-nippon a été conclu. Qu'en sortira-t-il, maintenant ?
J'ai bien peur que l'Angleterre, si l'Amérique ne s'en mêle pas, ait du mal à s'en tirer.
Le 29, j'envoie une lettre à Juliette. Nous avons droit à une lettre et une carte par mois. C'est peu, quand on a tant à dire, même s'il faut se méfier et ne pas être trop bavard !
Le gardien et le Feldwebel (adjudant) nous obligent à chanter et chantent avec nous !
Pour le mois de septembre : pluie, froid, beau temps.
- Article dans la rubrique "Guerre mondiale (2ème) : Diem perdidi (2)".
A l'intérieur de la laiterie/Inside the dairy/Innerhalb der Molkerei.
Photo Gabriel Noury dans la laiterie coopérative de Rheinswein (Prusse orientale), ainsi légendée :
"Dans la fromagerie, Gabriel Noury avec l'instrument servant à couper le "caillé" avant la cuisson".
Premier octobre 1940 ! 27 ans aujourd'hui !
Heinz, un jeune garçon d'une vingtaine d'années, m'offre deux paquets de cigarettes (!!!) pour "mein geburstag", mon anniversaire, et une bonne bouteille de samos, vin de Grèce !
Quelle fête... un vrai retour d'enterrement.
Mais le pauvre gars a fait pour bien faire ! Mais, je n'ai guère le coeur à ça.
Le 4 octobre, depuis quelques jours, j'ai du pus sous les ongles des deux médius.
Pas de soins ! Ca me fait grand mal.
Des panaris, sans doute. Une de mes bottes en ersatz de caoutchouc est déjà percée et j'ai constamment le pied tout mouillé.
Dimanche 6 octobre, ma journée de travail (à la laiterie, on travaille évidemment 7 jours sur 7, les vaches ne connaissant pas le dimanche) s'étant prolongée très tard, j'ai trouvé la porte de notre Bunker-dortoir fermée !
Je suis retourné à la laiterie où le patron m'a hébergé dans une mansarde de la maison. J'écoute la T.S.F chez Heinz qui loge auprès de ma pièce ! Pas compris grand'chose !
Le 8 octobre, Herr Sendzik me paie une paire de sabots (Holzpantoffeln) semelle de bois et bride sur le dessus.
J'ai du mal à m'y habituer, ça ne plie pas !
Après 4 jours, j'ai quand même mes bottes, mais ici pas de dissolution pour coller, alors des pointes, mais ça ne tient pas !
Et j'ai toujours le pied mouillé, car nous évoluons toujours dans l'eau, pour que tout soit propre.
Le gardien du village, Adolf, dit le "Corbeau", s'en va en perm. pour 10 jours ?
Reviendra-t-il ? Il y a meilleur, mais enfin.
Celui qui le remplace ne fait pas bonne impression, il crie déjà !
Il a été condamné pour avoir voulu transpercer un prisonnier avec sa baïonnette !
Je maigris toujours un peu.
Le patron me donne un tablier en simili-caoutchouc pour que mes vêtements ne soient plus mouillés, car, à retirer le fromage des cuves, ça coule partout.
Le 15 octobre, c'est la fête de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Elle exaucera peut-être mes prières !?!
Les Japonais ont pris Hanoï et les Américains seraient en guerre. Rumeurs, rumeurs...
Le 19, je prends un bain comme tous les samedis soirs.
Un "Gefreiter", caporal, vient à la laiterie vendre des insignes pour la guerre (avions, canons, tanks), après en avoir accroché à mes collègues, il veut m'en accrocher un, me prenant pour un "Toto", mais je lui ai aussitôt démontré que mon ramage ne ressemble pas à mon plumage en lui lançant un vigoureux "Ich bin ein Franzose" !!
Le gardien me barbotte 2 lames de rasoirs !
Le "Corbeau", Emil, revient le 21 octobre.
Le 23, nous touchons quand même une carte à écrire, mais pas de lettre !
Le 24, nous cessons de faire des fromages à 40%, pour faire place à du Quark, fromage blanc sans matières grasses, lait écrémé, chauffé à 40° après présure.
On serre la vis sur la nourriture dans le Reich !
Premières gelées blanches ! Brr ! De la glace le matin !
Le 25 octobre, de la neige en abondance !
Pierre Laval et le Führer auraient discuté le coup pour nous ! Vrai ? Vivement la classe !
Mais toujours pas de nouvelles de la famille ! Que c'est dur !
Le dimanche 27 octobre, j'envoie ma carte à Juliette.
Le Quark m'a desséché la peau des mains, j'ai des crevasses, ça saigne, ça fait mal et ça me gêne considérablement.
Le 29, l'Italie attaque la Grèce.
Le 31, je parle en français, chez l'épicier Gustav Fiedrich, avec un monsieur et une jeune fille !
- Article dans la rubrique "Guerre mondiale (2ème) : Diem perdidi (2)".
Photo de Gabriel Noury ainsi légendée :
"Emil Limka*-belles-soeurs-2 nièces-Karl Stank**- Herman Schöner***- (vor) Frau Sendzik-Bubbi-Herr Sendzik dans la salle à manger des patrons".
*Oder Emil Linka, heisst "Julot" sagte Gabriel.
** Karl Stank, Nachbar (hinter der Tür).
*** (Rechts) Vielleicht Hermann Schöner, Molkereiarbeiter.
Voir aussi "....Diem perdidi (25)" pour d'autres informations sur la famille Sendzik (1).
1er novembre : Toussaint, aussi triste que les autres jours !
Le 3, Heinz m'amène deux ampoules et un rouleau de pellicules, et, avant le déjeuner, j'ai une très grande joie, la plus grande depuis 6 mois !
Je reçois six lettres : deux de ma Juliette chérie, trois cartes et une autre de maman !
J'apprends de bonnes nouvelles et me voici, enfin, relativement rassuré sur le sort de tous.
Quel immense soulagement ! Ma gaiété revient et je me sens presque heureux !
Enfin des nouvelles !
Ma joie est si grande que je dis à mes collègues d'aller boire un schnaps à ma santé :
5 reichmark.
Le dimanche 10 novembre, je reçois mon premier colis.
J'en suis très heureux, car la flanelle et le cache-nez sont les bienvenus, moi qui gelais littéralement, vêtu comme en été ! Deuxième joie !
Les gars de la laiterie me photographient, mais le gardien nous tombe dessus.
Ca ne lui a pas plu ! Hurlement, menaces, colère noire.
Mais les collègues allemands et même le patron, s'en prennent à lui et l'enguirlandent copieusement.
Ainsi protégé par tous, il n'ose plus me réprimander et ne fait pas de rapport au camp !
Par contre, dès le lendemain, séance houleuse de fouille dans le bunker-dortoir.
Mais prévenu, comme par hasard, j'ai pris mes précautions !
Il paraît que ce mois-ci, j'ai gagné 76,56 reichmark ! Pas possible !
Et non seulement, je ne maigris plus, mais je reprends un peu de poids !
Le lait y serait-il pour quelque chose ?!
11 novembre.
Personne ici n'y fait allusion !
J'en ai touché quelques mots aux Allemands, mais ça n'a pas mordu !
Deux mois après leur première offensive, les poux remettent ça sur moi !
Quinze poux sur mon tricot blanc que je viens de recevoir !
Le 12, je reçois trois lettres de Juliette et une de maman (du 7 au 13 octobre !).
Il m'en manque huit pour faire le compte.
Il y a des tas de trucs qui me tracassent dans ces lettres... la peine de Juliette, ça me donne un cafard monstre.
Sont-ils en sécurité vraiment ?
Le 14 novembre, cela fait 18 mois que je connais ma juliette, et seulement 4 mois et demi ensemble !
Que de bonheur perdu ! Hélas, le cafard continue.
Le 21 novembre, je reçois douze lettres et cartes !
J'en suis très heureux, mais je voudrais bien écrire, écrire encore, j'ai tant de choses à dire !
Le dimanche 24, je reçois mon deuxième colis.
Chic, le pull est très chaud et j'avais tellement froid.
Le 25... il y a onze mois !
Hélas, dans un mois je ne serai pas auprès de ma fiancée chérie pour cette si jolie fête et ce joli anniversaire.
Le 26, le bon gardien "Léo" part en perm' et est remplacé par un autre qui nous fait rire !
Le "corbeau" part le 28 et est remplacé par un petit gros qui paraît assez bien.
Un bobard circule :
les mariés seraient libérés à partir du 15 décembre et les autres en janvier !?
Le 29 novembre, de la neige. C'est la fête des deux André de chez nous.
Le dimanche 1er décembre, le gardien nous fait photographier. Pas de lettres et plus d'un mois sans écrire.
Le 4 décembre, Heinz part chez lui à Köln, pour 17 jours.
Je me débrouille, seul, avec les fromages et le reste. J'achète une autre paire de bottes : 14 RM 50.
Il paraît que nous devons être tous libérés le 15 de ce mois-ci !
Est-ce vrai ? Ou bien n'est-ce qu'un nouveau bobard !?
Le 11 décembre, je reçois dix lettres de Juliette, une de maman et une d'André Noury.
Le 12, le patron, pour me récompenser, me donne un gros cigare.
Ne voulant pas le vexer, je commence à le fumer... et je suis malade.
J'écris enfin une lettre pour Juliette au cas où Rouault, qui est breton, parte puisqu'il paraît que les Bretons seront bientôt libérés.
Il pourra en France la lui remettre en douce.
(1) La famille Sendzik s'établit à Grimma, près de Leipzig, après la guerre, devant quitter la Prusse orientale (voir "... Diem perdidi (40)".
- Article dans la rubrique "Guerre mondiale (2ème) : Diem perdidi (2)".
Ausweis für arbeitende franz. und belg. Kr.-Gef/Laissez-passer pour p.d.g français et belges...au nom de Gabriel Noury, 1942.
"Pour pouvoir me rendre, sans risque et sans difficulté, de notre nouveau bunker, où nous couchons tous, à la laiterie où je travaille, j'ai reçu du capitaine commandant la compagnie, à Ortelsburg, dont je dépends, un "Ausweis", un laissez-passer spécial pour moi".
Dans la nuit du 13 au 14 (1), attaque massive de poux !
Je ne peux pas dormir de la nuit, malgré une chasse nocturne !
Le dimanche 15, nous changeons de local.
Adieu local de la pompe à incendie, nous allons nous installer dans deux petites pièces, plein centre !
"Lits" en simples planches, comme toujours, mais la "grande" pièce est chauffée par un poêle prussien, en céramique qui fonctionne très bien, quand on lui donne... à manger ! Nous ne sommes que les onze prisonniers du village, les autres couchent chez le fameux Bubel !
Alors, pour être chauffés, nous devons "piailler", qui un morceau de bois, qui un morceau de charbon à nos patrons respectifs !!!
Et il y en a plus d'un (Allemand) qui rechigne !
Heureusement que Herr Senzik est très compréhensif... Danke schön !
Les autres camarades travaillent le plus souvent dans les fermes et quand il fait froid dans la journée, et qu'ils n'ont pas grand'chose à faire, ils se blotissent entre deux vaches pour se réchauffer un peu ! Car dans les étables, la chaleur animale est appréciable.
Moi, dans la laiterie, travaillant toujours en vitesse et dans une atmosphère de vapeur, ça va, mais il faut souvent aller dans la cour chercher les serpillères qui servent à tapisser les moules à fromage, alors là, ce n'est pas la joie.
Chemise mouillée par la sueur et la vapeur à 40° au dessus de zéro et plonger dans un froid sibérien (2), je devrais attraper la crève à chaque fois !
Il fait grand froid, le lac est complétement gelé. Il fait -21° ! Brrr !
Je subis donc une variation de température de 40 + 21 = 61 degrés !!!
Il paraît que pour Noël, les KG auront 2 jours de repos.
Pas pour moi, il me faut travailler tous les jours, à cause du lait, mais je préfère, le cafard sera moins fort !
Noël... il y a un an... hélas.
Le 20, nous touchons enfin une lettre et une carte à écrire et le soir je reçois mon troisième colis ! Chic !
Le 21, Heinz revient.
Le 24 décembre, "réveillon"... en rêve ! j'ai le cafard, il était si joli l'autre Noël. Hélas... le soir menu corsé !
Mon patron me donne des gâteaux secs, un paquet de lames de rasoir, un dentifrice... et une bouteille de vin de dessert !
Le soir, au dortoir, un sapin dressé dans un coin de la première pièce, avec quelques bougies, nous rappelait à tous des souvenirs douloureux, et les larmes tombant de nos yeux faisaient que les gâteaux étaient un peu moins secs !
Evidemment, la neige était au rendez-vous.
Noêl est passé.
Et j'aurais tant aimé être chez nous pour cette fête !
Il y a quelques jours, certains de chez Bubel sont partis. parmi ceux qui restent :
Mouillot (3), Cornu, Lanurien, et Heugue.
Comme je suis celui qui se défend le mieux en allemand (Suatton est parti), je fais un peu l'interprète et m'occupe de certaines paperasseries !
1er janvier 1941.
Il fait grand froid : -23°. j'ai tellement eu grand froid ce matin que, toute la journée, j'ai eu grand mal à la tête.
Et dire que j'ai les pieds mouillés et gelés ! Vais-je être malade ? Je n'y tiens pas mais...
Après 21 jours d'attente, je reçois enfin une carte de Juliette et une de maman (des 26 et 27 novembre !).
C'est peu, mais il y a une nouvelle réglementation et malheureusement, pas de papier à lettre pour janvier.
Il y a de l'abus ! Où sont les belles promesses !?
Heureusement, j'ai gardé en réserve une carte de décembre.
Par un colis reçu de France par un camarade, j'apprends que les prisonniers ont commencé à rejoindre leurs foyers (c'est dans le journal).
(1) Notre note : 13-14 novembre 1940.
(2) Notre note : Maintenant, "Sibérie polonaise" qui dépend de la Varmie-Mazurie. Gaby Noury y passe son premier hiver.
(3) Notre note : Voir plus loin la photo de Gaby Noury avec son "collègue et ami" Gabriel Mouillot (°1910 +1998 Paris)) sous la neige.
- Article dans la rubrique "Guerre mondiale (2ème mondiale) : Diem perdidi (2)".
Plan de la laiterie de Rheinswein effectué par Gabriel Noury.
Le 8 janvier, on nous dit que l'Amérique est ou sera (?) bientôt en guerre (1), mais on nous a fait avaler tellement de couleuvres.
C'est constamment la douche écossaise et, dans notre état, nous sommes plutôt réceptifs ! On s'accroche au plus mince espoir.
J'ai maigri de 800 grammes depuis octobre, ça continue.
Neige, tempêtes de neige, glace...
Les paysans viennent livrer leur lait en traîneau. Les jours s'écoulent, monotones, tristes.
Encore combien de mois, d'années ? Qui sait...
Le 14 janvier, le gardien Léo revient et l'autre s'en va.
J'ai la fièvre le 15 et la diarrhée pendant trois jours.
Le 18 janvier, Heinz me prête une casquette blanche, plate, à galons et une veste de toile blanche pour travailler.
Comme ça, je pense avoir un peu moins froid.
C'est un très chic type et nous nous entendons bien.
Il y a 80 cm de neige. Toujours très froid et le lac gelé sur une bonne épaisseur.
Le 12 janvier 1941, j'ai envoyé une carte à maman et le 23, une carte à Juliette.
Le 23, je reçois mon quatrième colis de 1 kg.
Notre Wachmann Léo nous donne des conseils pour bien jouer aux échecs, à moi et à mon camarade de lit, à gauche, qui travaille, lui, chez le Schuhmacher (cordonnier).
Le bouif, Frangueville, comme nous l'appelons tous, et moi-même ne sommes que des débutants, mais lui, le gardien, est champion de Koblenz et de la région.
C'est un brave garçon, un des rares !
Je suis très content d'avoir reçu, dans mon colis, des pantoufles en peau de lapin !
Le soir, j'ai, ainsi, chaud aux pieds ! Ce n'est pas comme mes bottes percées, les pieds toujours mouillés, gelés.
Le 29 janvier au matin, il y a -40° !!!
Alors quand, je sors de l'intérieur des cuves à fromage, après les avoir nettoyées dans un vapeur de +40° et que je vais dehors, dans la cour chercher des serpillères, cela fait une différence terrible de 80° !!!
Et sans se vêtir davantage, rien qu'une chemise sur le dos !
C'est un miracle constant !
Deux mois de froid entre -21 et -40° et deux mois de neige à 80 cm d'épaisseur !
Le lac est gelé à plus d'un mètre d'épaisseur !
Sale pays !
Je n'y passerai pas ma lune de miel.
Brrr ! A quand la classe ? J'en ai marre ! Que de bonheur perdu !
Le 2 février, j'écris ma première lettre-réponse à ma juliette.
Ce même jour, j'adresse une réclamation au maire de Rheinswein, au sujet de jours de travail non retribués.
Après dicussion, j'obtiens gain de cause, mais il n'est pas content, cela lui fait six reichsmark de moins dans sa profonde !
Heinz et Karl doivent incessamment partir pour le service militaire, une forte attaque se prépare contre l'Angleterre (2).
Le 3 février, notre gardien Léo est rappelé à sa compagnie, ayant été surpris avec une femme !
Ca ne badine pas, les ordres sont formels et les sanctions très dures !
Dommage, il était assez chic.
Celui qui fait fonction de sous-officier le remplace.
Au début, il rit avec nous, mais le lendemain matin, il entre dans une violente colère, dès qu'il a ouvert la porte de notre bunker.
Il trouve que nous ne nous levons pas assez vite et envoie promener les couvertures dans la pièce !
Le froid baisse un peu le 8 février, dégel, mais gros verglas !
Le soir, la neige remet ça !
(1) Il faut attendre la fin de l'année 41 :
- Le 7 décembre, attaque de Pearl Harbour par les Japonais et la déclaration de guerre américaine le lendemain.
- Le 11 décembre, l'Allemagne et l'Italie déclarent la guerre aux Etats-Unis par solidarité avec le Japon.
(2) En janvier 1941 en Angleterre d'après "worldwar-2.net" :
- Le 8, 96.000 personnes dorment dans les abris du métro londonien, soit 40.000 de moins qu'en octobre 1940.
- Le 13, la Luftwaffe lance une attaque massive sur Plymouth.
- Le 31, les pertes civiles pour janvier font état de 1500 morts et 2012 blessés.
- Article dans la rubrique "Guerre mondiale (2ème) : Diem perdidi (2)".
Video youtube, merci à Camille885. Voir son commentaire précis sur l'orchestre de Raymond Legrand.
A cette époque "Radio-Paris ment, Radio-Paris est... allemand" !
Le 15 février au soir, Heinz et Karl partent pour le service miltaire.
J'ai le cafard car Heinz a été pour moi un très chic camarade.
Il m'a donné pantalon, veste, chemise, chaussettes, bottes, etc.
Et nous étions très amis.
Il est natif de Cologne et n'a pas du tout la mentalité et la brutalité des Prussiens !
Lui-même n'aimait pas beaucoup les habitants de la Prusse orientale, Ost-Preussen, comme on dit en allemand, mais lui disait, par dérision, Ochs-Preussen !
C'est-à-dire la Prusse des boeufs !!!
Je reste seul à la laiterie avec Emil le taciturne, le beau-frère du patron et Otto, un jeune employé allemand, qui ne connaît pas grand chose.
Depuis Noël, j'ai un cafard monstre, surtout depuis le début de février, car je ressens, dans l'épaule droite, des rhumatismes et surtout une douleur sourde, sous la troisème côte, de ma droite, au ras du sternum.
Et puis, je crois que nous resterons prisonniers encore un ou deux ans !
C'est terrible ! Il me faut absolument chasser ce cafard, c'est à devenir fou !
Le 17, neuf mois prisonnier !
Le 18, je lave ma flanelle blanche et j'y trouve plus de 300 poux !
Je crois que j'ai battu tous les records.
C'est dégoûtant ! Impossible de s'en débarasser.
Beau temps hier et aujourd'hui et un peu moins de cafard.
Le 23, pour la première fois, j'entends un poste français : crochet radiophonique !
Heureux et écoeuré à la fois de la joie tapageuse de la salle !
Le 24, j'entends les informations de la Radio nationale de l'Etat Français.
Chic ! Le gardien "Oh! la, la! Monsieur!" est parti et remplacé par un petit vieux "Gut fegen" (Il faut bien balayer !).
J'entends chaque soir les informations.
L'armistice entre l'Indochine et la Thaïlande est prolongé...!
On n'aurait fait qu'une bouchée du Siam, si...
La misère est grande en France et la faim se fait sentir.
Hélas ! Comment ne pas avoir le cafard en pensant à cela.
Quelle terrible vie pour Juliette, maman, et tous.
Aujourd'hui, le maréchal Pétain visite Saint-Etienne.
Presque 18 mois que j'ai quité ceux que j'aime !
Guerre en Bulgarie.
En ce moment, j'ai beaucoup de travail, car Emil, le beau-frère n'en fait pas lourd. Il m'est très antipathique.
Le 1er mars, la neige commence à disparaître.
Le 12 mars, elle refait son apparition en force par une violente tempête.
Une seule carte de Juliette pour un grand mois. Oh! la, la! C'est dur !
Le 16, le gardien (un des gardiens) ramène Mocquet, un de nos camarades prisonniers, à coups de pieds et de poings et dit au maire de fermer sa gueule, et le Stabsfeldwebel (le gardien sous-off.) va même jusqu'à gifler le maire !
Il partira sans doute bientôt pour le front, car Herr Bubel, parent du maire, est tout puissant dans la région !
Le 17, le froid remet ça, et grand vent.
Le 18, il fait un vent glacial à décorner un boeuf !
Hier, nous avons touché un nouvel interprète.
Il travaille chez Gustav, l'épicier, et s'appelle Gaston Dubois. Il paraît sympa.
Le vendredi 21 mars au soir, Mouillot est affecté à la laiterie pour m'aider. Chic !
Le samedi soir, je m'engueule avec le gardien.
Quelques jours plus tard, des soldats s'installent en cantonnement dans le village.
- Article dans la rubrique "Guerre mondiale (2ème) : Diem perdidi (2)".
Voir suite "...Diem perdidi (3)".